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11 avril 2012, 19h, Jeu de Paume : conférence "import-export", avec Christophe Bruno, commissaire de l'exposition Form@ts, Chrystelle Desbordes, historienne de l'art, Samuel Tronçon, philosophe et Sonia Marques et Etienne Cliquet, artistes.

Les cycles de hype

Un Cycle de Hype est une courbe montrant le cycle de vie d'une technologie ou d'un concept, de son émergence à son obsolescence.

Le concept

ArtWar(e) est un projet de Christophe Bruno & Samuel Tronçon. L'ambition du projet est de construire une plate-forme de « computer-assisted curating » et de « gestion des risques artistiques ». C'est une tentative de reformuler l'histoire de l'art, les attitudes performatives et relationnelles, ainsi que les pratiques curatoriales, en utilisant des méthodes contemporaines inspirées à la fois de techniques marketing récentes, de nouvelles découvertes en logique mathématique, d'analyses post-marxistes et de la théorie des réseaux invariants d'échelle.

Depuis un peu plus d'une dizaine d'années, de nouvelles méthodes sont apparues dans les théories du marketing. Ces méthodes concernent l'analyse et la prédiction des tendances relatives à l'émergence et l'obsolescence des innovations technologiques, leurs cycles de vie et leur capacité à se propager.

Notre projet s'inspire de ces méthodes que nous essayons d'exporter dans un contexte artistique. Une de ces approches, les « courbes de Hype » [1] est particulièrement intéressante à recontextualiser dans le domaine artistique car elle permet de découpler la phase spéculative immatérielle et hyper-concurrentielle de la "hype" (allant de l'utopie à la dystopie), de la phase d'implémentation économique ou de marchandisation du concept. Dans cette deuxième phase, les concepts artistiques sont récupérés par l'univers marchand ou bien entrent sur le marché de l'art, et poursuivent leur cycle de vie selon une logistique bien réglée depuis leur implémentation jusqu'à leur obsolescence programmée.

De manière étonnante, ces théories marketing et ces modélisations logistiques ne sont pas sans lien avec les analyses post-marxistes [2,3], les cycles à très grande échelle du capitalisme (cycles de Kondratiev d'une soixantaine d'années) et la théorie contemporaine des réseaux [4]. Si nous surmontions notre myopie naturelle, nous verrions les habituelles tensions entre dualités (utopie/dystopie, progressisme/conservatisme, matérialisme/idéalisme, modernité/postmodernité, existentialisme/essentialisme, dandysme/collectivisme, fordisme/toyotisme etc.) comme de vulgaires pics saisonniers, ou comme des alternances de réchauffements climatiques et d'âges glaciaires, expansions et récessions oscillant autour d'un équilibre « libéral » .

Ces cycles n'ont pas toujours eu la même régularité et il n'est pas établi qu'ils auront toujours un rythme si bien réglé. Une possibilité à envisager [2] est que du fait de la globalisation et de l'épuisement des ressources (des ressources naturelles et des ressources globales en main d'œuvre bon marché et soumise), le régime cyclique se transforme en phase chaotique et imprévisible. Mais une autre possibilité est que la saturation de notre univers soit compensée par une expansion vers de nouveaux espaces immatériels à défricher : la solution à l'extinction du capitalisme tel que nous l'avons connu, résiderait dans la phase de colonisation de l'intime qui vient de prendre un nouvel essor grâce aux nouvelles technologies [5,6].

Références :

[1] Mastering the hype cycle, Jackie Fenn & Marc Raskino, Gartner, Inc, Harvard University Press, 2008
[2] Mondialisation ou ère de transition ? Une vision à long terme de la trajectoire du système-monde, Immanuel Wallerstein, in "Une nouvelle phase du capitalisme ?", Editions Syllepse, 2001
[3] La dynamique du capitalisme, Fernand Braudel, Les Editions Arthaud, Paris, 1985
[4] Linked: How Everything Is Connected to Everything Else and What It Means for Business, Albert-László Barabási, Science, and Everyday Life, Penguin, 2002.
[5] Le Google Adwords Happening, Christophe Bruno, 2002. http://wwww.iterature.com/adwords
[6] Le Dadamètre, Christophe Bruno, 2007. http://wwww.iterature.com/dadameter
[7] Pour une approche inspirante dans le domaine de la littérature, cf Graphes, cartes, arbres, Franco Moretti, Les Prairies Ordinaires, 2008
Un projet de Christophe Bruno et Samuel Tronçon | 2012 | Résurgences | Centre d'Art Contemporain D'Embrun | Propulsé par le framework aktone